Critique :

Voici un roman de fantasy dont je n'avais jamais entendu parler et pourtant qui mérite qu'on s'arrête dessus, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, ce roman offre toutes une galerie de personnages, plus ou moins sympathiques et avec des profils assez variés : des marchands, des mercenaires, des gardes, des petits mendiants qui rendent des services à la garde officielle en échange de petits services... Chaque chapitre se concentre sur un personnage (ou deux), qu'on recroise plus tard (ou pas), dont on entend reparler. Ce n'est pas vraiment un roman construit traditionnellement mais ce n'est pas non plus un recueil de nouvelles.

En fait, le roman porte bien son nom car au final le héros principal c'est Wastburg, la ville en elle-même : ville sale, où les habitants se méprisent selon leur appartenance sociale (ou leur patrie d'origine car Wastburg est une ville-état entre deux pays qui se détestent), ville stoïque (quand on voit la résignation de ces habitants face aux calamités), ville criminelle et ville corrompue. A la tête de Wastburg, le burgmaester, un homme puissant et un peu mystérieux. La Tour des Mages marque la physionomie de la ville mais elle semble bien inutile vu que la magie a foutu le camp. En fait, plus je tente de décrire Wastburg, plus je me dis que c'est Ankh-Morpork, mais sans le côté bonhomme de certains habitants en moins. Il faut aussi prendre en compte le fait que Wastburg est un roman qui est lié à un jeu de rôle, et je trouve que le roman, en plus d'être une lecture agréable en elle-même, permet de bien poser les bases d'un univers dans le but d'y jouer par la suite.

Un autre trait m'a beaucoup plu dans Wastburg : l'écriture, le style de l'auteur qui n'est pas sans me rappeler San Antonio. Petit extrait :

Légalement, un mort devait être examiné par un prévôt avant d’être rendu à ses proches ou de servir d’exercice pratique à des cancres friqués. Si un prévôt était présent directement sur les lieux où était retrouvée la dépouille, il pouvait la regarder sur place et donner son accord sur le coup : ça évitait de la déplacer à la morgue pour rien. C’était Honz qui s’occupait de charrier les corps. Il avait une petite charrette à bras qu’il poussait au besoin dans les rues de son district. Quand il n’y avait pas de macchabée à transbahuter, il louait ses bras et son brancard à roue au plus offrant. (p. 90)

Bref, une lecture qui m'a beaucoup plu : pour ses personnages, non pas attachants mais intéressants (il y a quand même des types peu recommandables parmi eux), une ville-personnage (bien construite, sombre à souhait) et un style propre à l'auteur (et assez rare en fantasy, surtout française, je trouve)