Orgueils & Préjugés & Zombies de J. Austen et S. Grahame-Smith

Résumé :

L’Angleterre subit une terrible épidémie : des morts vivants envahissent villes et campagnes, et contaminent la population.

Dans la famille Bennett, on est bien entraînés. Les arts martiaux n’ont plus de secrets pour les cinq filles et, même à l’heure du thé, elles ne se séparent jamais de leur dague !

Pas facile de trouver un mari à la hauteur. Elizabeth a d’ailleurs bien envie d’égorger cet orgueilleux Darcy qui la snobe, mais l’irruption des « innommables » dans la salle de bal change ses plans...

Critique :

Dans ce roman, Seth Grahame-Smith prend les mots de Jane Austen et y rajoute sa touche personnelle. C’est très spécial parce qu’on a un peu l’impression d’un roman à quatre mains : d’une part le Jane Austen classique et de l’autre les ajouts de Seth Grahame-Smith. Prenons un petit exemple avec le premier paragraphe des romans.




Version Jane Austen :

It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife. However little known the feelings or views of such a man may be on his first entering a neighbourhood, this truth is so well fixed in the minds of the surrounding families, that he is considered as the rightful property of some one or other of their daughters.

C’est une vérité universellemen...




Version Orgueils & Préjugés & Zombies

It is a truth universally acknowledged that a zombie in possession of brains must be in want of more brains. Never was this truth more plain than during the recent attacks at Netherfield Park, in which a household of eighteen was slaughtered and consumed by a horde of the living dead.

C’est une vérité universellemen...




Ce qui me marque, c’est qu’il n’y a pas de reformulation. Seth Grahame-Smith ne rend pas le récit « plus abordable » en utilisant un langage actuel ou en changeant le décor d’origine. On est toujours en Angleterre, première moitié du XIXe siècle, dans une petite communauté rurale. Il y a juste des zombies en plus. On retrouve bien les mots de Jane Austen. Il y a des changements plus ou moins ponctuels mais à moins d’avoir les deux versions sous la main et de comparer mot par mot, c’est difficile de distinguer le texte d’origine et la parodie (sauf quand il y a des références claires aux zombies et à l’épidémie). J’aime beaucoup ce jeu avec l’original, reprendre son style et rajouter une touche ici et là mais sans tour reformuler.

Petite digression : reformuler signifie que le langage utilisé à l’époque ne nous convient plus, soit il est trop archaïque, soit nous sommes devenus incapables de le lire. Bref c’est sous-entendre qu’on ne peut pas apprécier l’original qui date du XIXe siècle. C’est pour cela que j’aime le principe de garder le style de Jane Austen, c’est soutenir l’idée qu’on est capable d’exprimer des idées, de développer des thèmes « actuels », ou plutôt à la mode (comme celui des zombies qui est quand même vachement présent dans la fiction de l’imaginaire actuelle, j’évite l’énumération mais vous pigez l’idée) avec un langage et une tournure de phrase qui ne nous sont pas familiers mais dont le sens nous reste accessible.

Bref, le principe m’a plu. Et le reste alors ? L’histoire, bah c’est l’histoire d’Orgueils et Préjugés. Résultat, j’ai un avis mitigé : qu’est-ce que j’ai aimé lire ? Est-ce que c’est le contraste zombie / monde d’Austen ou le simple fait de relire ce roman de Jane Austen que j’ai aimé ? Qu’est-ce que ces ajouts apportent au final ?

J’ai clairement aimé relire l’intrigue d’origine (certes un peu déformée) donc il y a un peu de l’attrait du roman de base. Mais je trouve que certains passages sont assez réussis dans leur déformation, notamment deux : Elizabeth et le couple Mr Collins / Charlotte Lucas.

Elizabeth est une guerrière entraînée à retenir ses émotions et tuer les innommables (= les zombies). Je la trouve beaucoup plus moderne, plus agressive que l’originale et au final moins tarte, moins fleur bleue. Et un sacré caractère puisque si on la cherche, sa première réaction est de sortir la dague... Bref des réactions contemporaines, anachroniques mais l’image de la femme a bien changé entre l’époque de Jane Austen et nous.

Et à travers ce personnage, on sent aussi poindre une parodie de la philosophie relative aux arts martiaux que certains films d’action ont banalisée.

J’ai aussi aimé le couple Mr Collins / Charlotte mais je ne peux détailler sans spoiler donc j’éviterai mais le destin de ce couple me semble avoir été beaucoup modifié par rapport à l’original.

Pocket classe ce roman dans la "fantasy". Je ne partage pas cet avis. Pas de monde alternatif. Cela ressemble plus à une uchronie, un passé alternatif si le passé avait été différent (ici, la différence c'est la présence d'une terrible épidémie qui transforme les gens en zombies, appelés innommables. Par contre, j'adore leur couverture, qui reprend je crois le principe de la couverture d'origine : une image très kitsch mais avec des signes de zombification. Ca représente bien ce que l'auteur inflige au roman de Jane Austen.




En conclusion, j’ai beaucoup aimé ce roman, car derrière la parodie, je relisais orgueils et préjugés mais les ajouts (surtout concernant Elizabeth) sont parfois rafraichissants, voire très drôles.

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